Faut casser les casseurs 1

Je dois débuter par un aveu : j’ai été un casseur. J’avais 20 ans, idéaliste, syndicaliste….Ce n’est certainement pas la chose dont je suis le plus fier dans ma vie. C’était la crise d’octobre, j’étais dans les Chevaliers de l’Indépendance, groupe dirigé par André Maheux ou Mathieu, j’ai oublié. On se tenait au club de boxe de Reggie Chartrand, on voulait l’indépendance, on cassait des vitrines, on renversait des boîtes à malle et des poubelles. Rien de comparable au métro de jeudi matin dernier, mais tout de même. Dans les manifs, on brochait pas nos pancartes sur des petits bâtons, on utilisait des 2 par 4 et on ne sortait jamais sans nos casques de construction, on voulait casser du policier!La seconde fois, ce fut plus sérieux. C’était le Front Commun, les chefs syndicaux venaient de se faire arrêter en traversant de façon symbolique des barrières policières. D’ailleurs c’était drôle de voir le gros Louis Laberge négocier le saut de clôture. Je travaillais alors au Conseil Central de Montréal (CSN) et mon patron direct était Michel Chartrand. Je ne me souviens pas de qui émana alors l’idée originale, mais un petit groupe se forma, une quinzaine de gars : des employés d’entretien du métro, des cols bleus, des plombiers de Dédé Desjardins (le fameux local 144) et une couple de permanents syndicaux dont moi. On a fait une couple de collectes de fonds dans des assemblées du Conseil Central et on a pu acheter deux vieilles camionnettes bonnes pour la casse. La mécanique fut remise à neuf, la première dans un atelier de la ville et la seconde dans un atelier de la STCUM, ancêtre de la STM. On a pratiqué des meurtrières dans les parois des véhicules. Chacun s’est procuré un lance-pierre (slingshot)  de compétition, du bon stock, et les gars du métro nous ont fourni les balles d’acier des vieux roulements à billes du métro mis au rencart par la société de transport. Tous les soirs, à chaque manifestation, peu importe la cause, on sillonnait les rues de Montréal et, par les ouvertures des camionnettes, on tirait sur tout. Surtout les vitrines des banques et des grosses multinationales, mais aussi directement sur la visière des policiers de l’anti émeute dans les manifs. Ça c’était moins brillant, y a pas beaucoup de plastiques qui peuvent résister à une bille d’acier de la grosseur d’une noix de Grenoble, propulsée par un « slingshot » de haut calibre manipulé par un tireur d’élite. (À force de pratique, on était tous devenus des tireurs émérites.)

Pour notre défense : nous n’étions pas des casseurs, nous étions des «révolutionnaires idéalistes» en lutte légitime contre les méchants gouvernements représentés alors par les Trudeau, Bourassa et autres Jean Drapeau du Québec. On était tous de «bons citoyens, Maoïstes, Léninistes, Trotskistes, felquistes, qui s’crisse de tout, tout, tout,… » (Extrait de « Comme Chartrand » de Jim et Bertrand)  En un mot, on se pensait vraiment dans le droit chemin. Et on ne se masquait jamais, on avait au moins le courage d’assumer nos gestes.

Mais qu’une chose soit certaine : sauf en de très rares occasions, on avait la plupart du temps rien à voir avec la cause défendue par les manifestants du moment. Nous n’étions pas là pour défendre la cause, on était là pour casser du policier et démolir les biens publics.

Alors avertissement à ceux qui associeraient facilement casseurs et étudiants. Je sais par expérience que les uns ne font nécessairement partie des autres. Ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas de casseurs chez les étudiants, des écervelés y’en a partout, mais tous les étudiants ne sont pas des casseurs, loin de là. Souvenons nous des 200,000 étudiants qui, le 22 mars dernier, ont manifesté de la façon la plus pacifique qui soit, aucun accrochage. Bien sûr, ça s’est déroulé durant la journée et non en soirée!

dinosaure@radoteur.ca

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