SAQ = monopople d’état qui tue

Bon! Peut-être pas destructeur, mais certainement pas constructeur. On autorise les épiceries et les dépanneurs à vendre du vin. On leur impose cependant une série de normes absolument débiles. Quelques unes : pas de cépage sur l’étiquette, pas d’année de production, pas de AOP ou de AOC, et pas d’un tas d’autres choses, juste le pays d’origine. Le consommateur sait qu’il boit un vin du Chili, rouge ou blanc, produit par «XXXX» et dont l’étiquette manque souvent et nettement de bon goût. On exclut ainsi les connaisseurs et les oblige à passer par la régie. À cause de ça, la qualité n’est pas là et personne n’oserait en offrir une bouteille ou servir un « vin de dépanneur ».Cette appellation désigne maintenant tout vin acheté hors d’une SAQ et il a une connotation plus que péjorative. Et, malgré des tentatives frénétiques de marketing de certaines marques ou certaines chaînes, ça ne bouge pas. Le « vin de dépanneur » conserve sa réputation péjorative. Mais que fait-on de l’épicurien, de plus en plus nombreux au Québec, qui passe par l’épicerie à l’improviste pour se préparer un petit gueuleton sympathique pour deux. Il veut un bon vin pour accompagner, mais pas de SAQ autour. Que faire? Acheter un « vin de dépanneur sans savoir de quel variété de raisins il s’agit, du terroir d’où il provient ou de l’année de production? Mieux vaut acheter une bonne vieille bouteille de Coke.

Mais ce n’est pas tout, des amis à moi sont des négociants en vin. Sérieux amateurs, ils se sont mis en tête de mettre en marché des vins de qualité supérieure à des prix abordables pour le consommateur. Prix abordables signifie sortir du réseau de la SAQ, ils contrôlent les prix. Reste les autres détaillants de vin (épiceries, dépanneurs, grandes surfaces), mais voilà, leurs vins de qualité supérieure deviennent ipso-facto des « vins de dépanneurs », et sont donc tenus aux mêmes règles :  pas de cépage, pas d’année, pas de AOP ou de AOC,  juste le pays d’origine. Malgré tout, ils se sont bien débrouillés, plus d’un million de bouteilles vendues la première année. La SAQ conserve quand même un contrôle (vous verrez comment dans quelques lignes) ce qui nous donne des statistiques.

Pour 2011, les ventes totales de vins de dépanneurs dans la province ont augmenté de 15% selon les chiffres de la SAQ; et cela, toutes marques confondues. Les ventes de mes copains, qui n’ont qu’une seule chaîne de grande surface comme client, ont progressé, elles, de près de 50%. Phénoménal succès à mon point de vue!

Voici comment ils procèdent :

Ils parcourent le monde à la recherche de « bons deals ». De petits vignobles, compétents et expérimentés, assemblent fréquemment des « perles » de très haute qualité. Trop petit pour exporter en quantité intéressante pour les gros distributeurs, leur « perles » dorment dans des tonneaux et ne sont distribuées que localement. Mes copains trouvent ces perles et achètent la production. Ils importent en vrac de la façon la plus écologique possible. Leur méthode de transport limite également l’utilisation de sulfites préservant ainsi la qualité du vin.

Une fois au Québec, ils embouteillent eux-mêmes leur vin, appose l’étiquette, conforme aux règles citées plus haut, ils livrent leurs produits à leur client et ils remplissent un tas de paperasses pour la SAQ. Ensuite, ils envoient un chèque à la SAQ! Pourquoi : la marge de profit de la SAQ qui n’a pourtant absolument rien fait dans le processus si ce n’est que pour probablement octroyer le permis d’importation.

Bon, c’est un peu plus complexe que ça, j’en conviens, mais vous admettrez avec moi que ce contrôle de la SAQ est destructeur pour le petit importateur.

Et c’est pas tout : mes copains voudraient bien distribuer leurs vins ailleurs, ce qui augmenterait leurs points de vente, une grosse chaîne d’alimentation par exemple. Tintin.

Un peu comme dans la construction, un groupe très restreint de gros distributeurs de vins de piètre qualité contrôle l’ensemble du marché. Difficile, voire impossible de les contourner. Autre ménage à faire après la construction.

Vraiment bonne chance à mes amis négociants.

dinosaure@radoteur.ca

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